Le miroir

Publié le par Snakeyenat

Si tu veux connaître quelqu’un, n’écoute pas ce qu’il dit, mais regarde ce qu’il fait - Dalaï Lama

Un véritable ami ne se met jamais au travers de ton chemin… à moins que tu ailles dans la mauvaise direction - Arnold H. Glasow

Si, comme moi, vous avez lu le livre de France Gauthier, C’est quoi l’amour (1), vous avez déjà entendu parler des gens autour de nous qui sont nos miroirs. C’est une réalité que j’ai mis beaucoup de temps à assimiler.

Je voyais des défauts chez les autres, mais je ne saisissais pas comment ils pouvaient s’appliquer à moi. Je côtoyais beaucoup de gens aux mensonges faciles, aux remarques déplaisantes et aux tendances hypocrites. Je ne comprenais absolument, mais absolument pas comment ces comportements pouvaient s’appliquer à moi. Je ne m’identifiais pas du tout à ce que je voyais chez les autres. En appliquant le principe du miroir, que France explique, je me demandais si j’étais menteuse et que je ne le percevais tout simplement pas.

J’ai fini par comprendre que oui, j’étais menteuse et hypocrite… avec moi-même. Je me mentais à moi-même. Chaque jour qui passait, j’étais de moins en moins bien dans des relations qui ne m’apportaient rien, mais je restais. Malgré que je sache très bien que je n’avais plus rien à faire dans la vie de ces gens, je m’entêtais à rester. Ma petite voix, à l’intérieur, me disait de ne pas faire confiance à ces personnes et de m’éloigner, mais en plus de rester, j’écoutais leurs médisances. Je me mentais à moi-même en croyant que les choses allaient changer. Je minimisais tous mes sentiments et mes sensations de mal être. Je m’accrochais à quelque chose, que je savais, sans espoir.

J’ai aussi tenté de saisir pourquoi il y avait tant de gens, autour de moi, qui ne me trouve aucune qualité, qui mettent un si grand emphase sur mes défauts, et qui ne manque aucune occasion de me les rappeler. J’ai dû me rendre à l’évidence que je ne me trouvais plus aucune qualité moi-même. J’étais rendu au point où je ne voyais que mes défauts… même ceux que je n’avais pas. Je passais mon temps à me dénigrer et à croire que je ne méritais pas mieux que ce qui m’arrivait. Je me suis passé toutes les remarques désobligeantes possibles et imaginables, dans ma tête. En boucle. Du matin au soir. Sans arrêt. Un jour, j’ai voulu écrire mes qualités dans mon journal, rien ne m’est venu. La page est restée blanche. J’ai pleuré ma vie à ce moment là. Je n’arrivais juste pas à croire que j’étais incapable de me trouver de qualités. Aucune. Dès qu’une qualité me passait par la tête, je suis proche de mes sentiments, par exemple, une phrase résonnait immédiatement et je me disais ben non, un tel a dit que je suis fermée comme une huître et que je ne parle jamais. Alors, la page est restée blanche. Je me suis demandé tellement de fois pourquoi je n’arrivais plus à me trouver de qualités.

Ce que j’ai compris à propos des gens qui sont mon miroir, c’est qu’ils sont là pour refléter ce que je pense de moi, l’image que je me fais de moi-même. Et m’obliger à m’aimer un peu plus… Comment ? En changeant ma perception de moi. Dès l’instant où j’ai commencé à avoir une meilleure perception de moi, les gens autour ont changés, puisque je m’éloigne de ceux qui ne font que me dénigrer, qui projettent leurs peurs et insatisfactions sur moi et qui n’acceptent pas que je leur dise qu’ils se trompent lorsqu’ils veulent absolument me faire endosser des défauts. Et si quelqu’un le fait, je suis capable de percevoir son insécurité ou son malaise et de voir que ce sont les sentiments de mon interlocuteur qui parlent, puis faire la différence entre lui et moi. C’est un travail qui est ardu pour moi, parce qu’il m’arrive de ne pas comprendre l’insécurité profonde des autres, mais j’y travaille fort. Pour l’instant, je n’arrive pas encore à exprimer mon malaise lorsque je vois clairement que l’autre se projette sur moi, mais j’y aspire vraiment… Et j’apprécie de voir les autres avec ces « failles » qui font d’eux ce qu’ils sont. C’est bien de regarder les autres et d’apprendre à les connaitre à travers leurs réactions… ils ne peuvent plus se cacher. C’est leur personnalité qui s’exprime, bien souvent à leur insu, c’est pur et vrai. J’apprends à les écouter autrement.

J’ai réalisé que j’avais tendance à prendre ce que les autres me disaient pour du « cash », sans réellement me poser de questions. J’acceptais volontiers que les autres projettent leurs insécurités et insatisfactions sur moi sans dire un mot. Pour moi, ils avaient raison. Même si au fond de moi, quelque chose me disait que non, ils se trompent, je les écoutais. Maintenant, j’apprends, de jours en jours, à écouter cette petite voix, à l’intérieur qui me guide vers ce qui est bon pour moi, et je travaille fort à me dissocier de la voix des autres.

Les autres nous servent aussi de miroir pour nous aider à voir ce que nous avons à travailler et améliorer. Ces gens bienveillants dans notre vie, conjoint, famille et amis, sont présents pour nous faire prendre conscience de ce que nous ne voulons pas voir. Malheureusement, nous avons tendance à voir ces remarques comme des attaques. J’avoue que la façon et le ton y jouent pour beaucoup, mais si les choses sont dites avec bienveillance et responsabilité, il faut savoir écouter… ce qui n’est évidemment pas toujours facile.

1. Gauthier, France. C'est quoi l'amour. [éd.] Publistar. Montréal : s.n., 2012. p. 352. 9782895623991.

Publié dans Mon histoire