Enfance...

Publié le par Snakeyenat

Enfance...

J'ai grandi entourée d'hommes. Mon père et 3 frères. Je suis la plus jeune de 4 enfants, le bébé de la famille. Étant jeune, je ne comprenais pas à quel point ma famille allait façonner le genre de relations qui allaient colorer ma vie... Et eux non plus !

Nouvel arrivant au Québec, mon père a fait la rencontre de ma mère à l'Expo 67. En 1974, ils étaient mariés avec 4 enfants et une nouvelle maison. Beaucoup de responsabilités pour eux qui n'ont que 24 et 25 ans à ce moment.

Mon père était un homme violent, alcoolique et toxicomane durant quelques années. Un homme profondément amer, frustré, insécure avec un sérieux complexe d'infériorité. Je me souviens qu'il nous disait souvent : "Quand tu es noir dans un monde blanc, tu n'es rien, alors imaginez vous, ni noir, ni blanc, vous êtes deux fois rien".

Ma mère, elle, faisait son possible !! C'était une femme forte mais complètement dépassée par les évènements... Je crois qu'elle s'est rapidement perdue dans cette mer de violence. Malgre tout, elle a toujours refusé de voir son mari seulement comme un homme violent, elle préférait plutôt le voir comme un homme bon mais profondément blessé. À ses yeux, mon père nous aimait tous profondément, mais il ne savait juste pas comment le montrer. Elle disait que n'ayant jamais eu de père, ni d'exemple, il ne savait pas comment faire, alors, il faisait ce qu'il pouvait et elle était convaincue qu'il faisait de son mieux. Je me souviens qu'elle me répétais sans cesse qu'il ne pouvait pas donner ce qu'il n'avait pas reçu. Et je dois avouer qu'étant toute jeune, je ne comprenais tellement pas la signification de cette affirmation et j'ai mis une éternité à le comprendre... Même que des fois, je me surprend encore à me demander ce que ça veut dire !

Il est difficile pour moi, aujourd'hui adulte, de poser le même regard sur mon père que celui que ma mère portait sur lui. Elle réussissait à éprouver beaucoup de compassion, de comprehension et d’amour pour lui. Et pourtant...

Tout récemment, j'ai réalisé à quel point je reproduisais ces patterns destructeurs que j'ai appris étant jeune. J'ai grandi entourée de gars et tous avaient la même attitude et le même comportement envers moi. La violence faisait partie de notre quotidien, donc de notre mode de vie, c'est ce qui nous était enseigné à la maison. Mes frères n'en faisaient pas exception, ils ont fait exactement ce qui leur etait enseigné, ils suivaient l'exemple, avec l'innocence et l'ignorance d'un enfant. Je me souviens que tous les jours j'appelais ma mère au travail, en pleurant, pour lui dire qu'un frère venait de me faire mal ou qu'il ne me laissait pas tranquille. Elle ne savait jamais quoi me répondre. Elle faisait tellement juste son possible avec les moyens qu'elle avait. Elle me répétais sans cesse que s'il me taquinais, m'agacait ou me faisait mal sans cesse, c'est parce qu'ils m'aimaient. Elle me disait que s'ils ne m'aimerais pas, ils me laisseraient tranquille. Elle me disait de ne pas m'en préoccuper, d'arrêter de pleurer et qu'ils finiraient par me laisser en paix. Si elle avait su à quel point ces remarques allaient se graver dans mon subconscient et servir de toile de fond à mes future relations, je suis certaine qu'elle aurait trouvé autre chose à dire. Mais, elle n'avait rien d'autre à dire, parce qu'elle était dans la même situation que moi et qu'elle-même ne savait pas comment s'en sortir. Alors quoi me dire, à moi sa fille, qui la confrontais tous les jours et la mettais face à son miroir ?

Avec mes yeux d'adultes, je vois très bien que ma mère ne pouvait pas faire plus. Sa limite etait atteinte. Je sais très bien que dans son cœur de maman, elle voulait autre chose pour ses enfants. Mais, en même temps, elle était convaincue qu'on choisit nos parents avant la naissance. Alors, sûrement que pour elle, nous avions, chacun, quelque chose à vivre et à apprendre dans tout ça. Et pour elle, le divorce n'était pas une option. Point. Elle me l'a répété combien de fois ! Elle s'était mariée pour le meilleur et pour le pire. C'était son choix, et en général, elle l'assumait pleinement, malgré toute la peine, la souffrance et l'incompréhension que ca pouvait entraîner. Pour elle et tous ceux qui l'entourait. Son choix etait fait. Point.

J'arrive tout de même à compatir avec toute la détresse que mon père devait ressentir. J'arrive à comprendre toute l'insécurité qu'il pouvait éprouver et surtout à quel point il pouvait se sentir pris dans un cercle vicieux, incapable de trouver la sortie. Je n'excuse rien, mais maintenant je comprends mieux, je suis en mesure de lui pardonner et de laisser aller ces expériences.

Ces événements étaient nécessaire pour que JE puisse définir ce qu’est l’amour pour moi et dans quelle genre de relation j’ai envie d’évoluer. Je l’avoue, j’ai mis plusieurs années à comprendre et surtout assumer que je ne veux pas de ce genre de relation amour/haine dans ma vie. C’est MON choix.

C’est à chacun de nous de choisir qui mérite notre temps, notre attention et surtout notre amour. C’est à nous et nous seulement de décider ce que nous voulons nous créer comme environement, personne d’autre.

D’aucune façon, ces événements ne me définissent. Ils ont défini mon père dans mon enfance. Aujourd’hui, il est un super grand-papa pour ses 9 petits-enfants. Et mes frères sont des papas et des conjoints extraordinaires.

Namasté 💜
 

Publié dans Mon histoire

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